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La nature de la conflictualité mondiale a profondément changé dans les dernières décennies. Au-delà de la montée des guerres civiles et du retour en force de la violence interétatique, ce sont aussi les nouvelles technologies qui défient le concept même de sécurité et son opérationnalisation en droit international et dans les pratiques diplomatiques. Les droits humains et la justice internationale font maintenant partie intégrante du registre d’action collectif, que ce soit par la protection des civils ou la condamnation des criminels de guerre. Les organisations internationales se retrouvent face à des pressions inédites, notamment lors d’opérations de paix.
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La mondialisation repose sur une économie politique mondiale au coeur de laquelle se trouve le système capitaliste tel qu’il s’est développé et répandu au cours des derniers siècles. Plus transnational et financier que jamais, le capitalisme au 21e siècle présente des défis nouveaux pour les structures existantes de la gouvernance mondiale. La montée en puissance des technologies numériques, la métamorphose des chaînes d’approvisionnement, le triomphe du néolibéralisme et la financiarisation de l’économie mondiale repoussent les limites de l’action publique et des collaborations internationales. En même temps, on observe la montée de revendications et de pratiques protectionnistes qui, couplée à la rupture de chaînes d’approvisionnement pendant la pandémie de Covid-19 ainsi ainsi qu’au dévoilement des vulnérabilités dues à l’“interdépendance asymétrique” depuis la guerre en Ukraine, pourrait avoir pour conséquence de “découpler” le capitalisme mondial.
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L’ordre libéral international hérité de la fin de la Deuxième Guerre mondiale fait le pari des règles et de l’institutionnalisation, que ce soit par le développement du droit international, la création d’organisations multilatérales ou l’établissement de multiples conventions. Ce socle institutionnel se voit aujourd’hui critiqué pour son inefficacité, ses exclusions, sa rigidité et son déficit démocratique. Les efforts de légitimation de plus en plus vains, de même que les projets de réforme pour la plupart paralysés, confirment le déclin d’un modèle institutionnel qui peine à se renouveler.
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La mondialisation comporte son lot de transformations sociales, notamment pour les identités politiques et les échanges culturels. Après des siècles de circulation mondiale des idées, des personnes et des pratiques, le paysage contemporain se caractérise par des brassages inédits, aux conséquences variables sur le plan politique. Les enjeux de racisme systémique, de diversité linguistique, d’identités de genre et d’inégalité d’accès aux contenus culturels paraissent particulièrement fondamentaux en ce début de 21e siècle.
Soutenue par le Fonds de recherche du Québec et réunissant des chercheurs de l’Université McGill, l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal et l’Université Bishop’s, l’équipe de recherche La mondialisation sous tension (MST) se propose de jeter un regard critique sur les lisières de la mondialisation et de la gouvernance mondiale—là où les progrès évidents d’hier ouvrent aujourd’hui la voie à des remises en question, des reflux, des modèles alternatifs et des contestations de toutes parts. Peut-on gouverner le monde de manière rationnelle, en évitant les conflits et en améliorant toujours davantage la coopération entre les humains ? L’idée de la gouvernance mondiale repose sur un postulat typiquement moderniste : en se basant notamment sur la science et l’expertise, il s’agit d’instaurer des modes de gestion de la mondialisation mutuellement bénéfiques et toujours plus perfectibles. Bien installé, que ce soit dans les officines des organisations internationales ou dans de multiples réseaux d’élites transnationales, ce modèle se heurte pourtant aujourd’hui à ses limites inhérentes. Inspiré par les bouleversements profonds induits par la montée de la Chine, la contestation populiste, la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, mais aussi par l’évidence des injustices sociales et de la perpétuation des conflits et de la violence, notre programme de recherche remet en question la vision historiquement dominante d’un « monde gouvernable ».