Compte rendu de l’École doctorale francophone sur les organisations internationales, 4e édition (16-19 mai 2026)

Le 16 mai 2026, un autobus scolaire jaune arrive à la Station de biologie des Laurentides de l’Université de Montréal. À bord : 7 professeur·es, 9 doctorant·es et 2 étudiantes à la maîtrise, provenant d’institutions canadiennes, françaises et suisses, qui se préparent à la 4e édition de l’École doctorale francophone sur les organisations internationales : « Les organisations internationales contre-attaquent ».

Pour les trois prochains jours et à travers une combinaison de présentations thématiques, d’ateliers et de discussions autour du feu, l’École vise à explorer les enjeux auxquels les organisations internationales (OI) font face, comment elles réagissent et se transforment (ou pas), et les implications plus larges de ces constats sur notre compréhension de la gouvernance mondiale.

La contestation des OI n’a rien de nouveau : vues comme des outils de maintien du capitalisme ou de prolongement colonial, trop élitistes et technocratiques, ou pas assez efficaces pour réellement améliorer le sort du monde… Les OI sont habituées à gérer les critiques, en particulier académiques. Mais celles-ci sont aujourd’hui reprises pour attaquer les OI dans leur existence même. Les OI sont-elles toujours aussi cruciales pour analyser les relations internationales? Où tourner le regard pour observer les reconfigurations des relations internationales et des politiques mondiales? Le pari de l’École est que les OI en sont un lieu privilégié, et même qu’elles offrent une multiplicité de lieux et d’échelles pour observer ces transformations. 

Kari De Pryck et Lucile Maertens nous ont montré comment observer les pratiques d’obstruction des États dans les rencontres multilatérales, ainsi que les stratégies que déploient les OI pour maintenir des enjeux à l’agenda. Même lorsqu’ils ne souhaitent pas collaborer, les États continuent de s’investir dans les OI, qui sont bien plus qu’une agrégation de leurs membres. Emmanuelle Rousseau est revenue sur ses expériences d’ethnographie, nous rappelant que les OI sont des lieux physiques avec des salles, des murs et des buvettes environnantes, où se récoltent de précieuses informations sur les pratiques diplomatiques, au-delà de ce que les acteurs peuvent nous en dire. Dans le sillage de Cynthia Enloe, Vincent Pouliot et Romain Lecler ont repris le slogan féministe « le personnel est politique », pour attirer notre regard sur la manière dont la gouvernance mondiale est conditionnée par les pratiques de gestion des ressources humaines des OI, et par l’incorporation des vies intimes des diplomates dans des batailles normatives autour du genre et de la sexualité. Mélanie Albaret et Jean-Philippe Thérien ont terminé en mettant de l’avant les narratifs dans les OI et à leur sujet. En tant que chercheur-euses, nous avons des choix à faire dans la sélection des grands narratifs à privilégier pour interpréter les clivages dans le champ des politiques mondiales. Nous avons aussi une responsabilité dans le choix des narratifs auxquels donner du crédit, ce qui se traduit dans nos choix méthodologiques.

Chaque après-midi, les doctorant-e-s ont eu l’occasion de présenter leurs projets de recherche, à différents stades d’avancement :

  • Alice Bonardi-Igout (Laval) - Lorsque l’OTAN s’invite dans le « hub and spokes », entre coopérations stratégiques et rivalités géopolitiques en Indo-Pacifique.

  • Alice Chessé (McGill) - Counter-Revolutionary Roots of Neoliberal Globalization: OECD’s Silent Reaction to the NIEO (1968-79)

  • Meryam El Bouhati (Lille) - Quand la fragmentation permet l'évitement : gouvernance de l'eau et dépolitisation au Liban

  • Juliette Mertenat (Unil) - Entre le lointain et le quotidien : géopolitique et reconstruction urbaine post-conflit à Beyrouth

  • Charles-Olivier Lhomme (Concordia) - Fermer la frontière, ouvrir un problème diplomatique : Importance de la question dans les relations UE–Turquie après l'accord de 2016

  • Eva Heitzmann (Laval) - Représenter pour légitimer : Dispositifs visuels et colonialité aux Nations Unies

  • Mathilde de Aragao (Unil) - Normes, agentivité et handicap dans le travail de plateforme en ligne

  • Maxime Duchateau (Udem) - La diplomatie religieuse de la Russie en Afrique à l'ère de la guerre en Ukraine

  • Charlotte Messinat Mbezele (Uqam) - L’agentivité des plateformes numériques dans les conflits hybrides au Cameroun et au Burkina Faso

Ces moments d’échanges laissaient la part belle aux suggestions et à l’émulation, plutôt qu’à la présentation de résultats. Ils ont nourri les réflexions sur les thématiques de l’école d’été, tout en ouvrant des discussions formatrices sur les méthodes, sur les choix à faire à chaque étape de la démarche et sur les réalités concrètes du travail de recherche.

Ponctuée de beaux moments de rire, de balades autour ou sur Lac Croche (et de plongeons pour certain-e-s), et d’une victoire des Canadiens de Montréal, l’École a été grandement appréciée par l’ensemble du groupe. Nous repartons avec une conscience accrue du rôle de la recherche critique dans le contexte de crise de légitimité des OI. Les choix des objets d’étude et des manières de les analyser se font dans des contextes sociaux, historiques, économiques, technologiques et politiques. Comme le « personnel », l’académique est politique. Si les critiques venant du monde académique peuvent être détournées par des acteurs populistes pour attaquer les fondements du multilatéralisme, le rôle de la recherche n’est pas pour autant de tenter de redorer le blason des OI en crise de légitimité. La recherche sur les OI doit se poursuivre, sans réduire sa portée critique, mais en s’intéressant à la réception de ses productions par les étudiant-e-s et les sociétés et en faisant preuve de réflexivité sur son rôle normatif. Finalement, nous rentrons chez nous ressourcé-e-s, pas nécessairement avec des réponses définitives, mais certainement avec davantage de matière à réflexion, plus de nuances et de meilleures questions! 

Cette 4e édition de l’École doctorale francophone sur les organisations internationales a été financée par UdeM International et l’équipe de recherche Mondialisation sous tensions, grâce au soutien du Fonds de recherche du Québec – Société et culture.

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