Compte rendu du séminaire sur la méthodologie en histoire : Trouver le fil : une introduction au travail en archives

Le 17 avril 2026, Soheila Ghaziri, doctorante en histoire de la santé du Liban et de la Transjordanie du début du XXe siècle, a offert au groupe de Mondialisation sous tension une présentation sur la méthode historienne de recherche en archive.

L’historien Enrico C. Gattinara avance que « la vérité [en histoire] – est conçue comme une construction partielle, jamais conclusive, dont la garantie reste la négociation ininterrompue entre l’administration des preuves et la multiplicité des points de vue¹ ». Selon Gattinara, il n’existerait pas de vérité scientifique objective en histoire qu’on pourrait qualifier de vérité « prouvée ». Le travail en archive de l’historien est une enquête qui tend à se rapprocher de cette vérité, sans jamais nécessairement l’atteindre.

Soheila Ghaziri, doctorante en histoire de la santé du Liban et de la Transjordanie du début du XXe siècle, a offert au groupe de MST une présentation sur la méthode historienne de recherche en archive. Ghaziri présente le travail en archive comme une enquête qui émane des réflexions de l’historien : « les sources ne parlent pas d’elles-mêmes, elles doivent être situées et interprétées. C'est à l'historien d'y trouver un fil conducteur afin de mener son enquête ». Autrement dit, les archives ne sont que des traces brutes du passé – ce sont les interprétations individuelles qui leur donnent un sens.² Puisque l’interprétation est constitutive de la méthode historique, elle entraîne la coexistence d’une pluralité de point de vue. Deux historien·nes peuvent travailler sur une même source et proposer une lecture différente, sans que l’une de ces lectures soit nécessairement « fausse ». Ce sont précisément les multiplicités d’analyses qui renforcent la connaissance du passé.

Ghaziri explique que l’interprétation des archives passe par une attention constante au contexte de production de celles-ci. On doit s’intéresser à l’auteur, au destinataire ainsi qu’à la visée du document pour comprendre la logique de sa production. Comme les archives nécessitent une compréhension de leur contexte de production pour être adéquatement interprétées, la méthode historique exige de préparer son enquête en amont. Il faut préalablement définir les orientations de sa recherche et les éléments que l’on souhaite repérer avant de se présenter au centre d’archives. Ghaziri explique que l’élaboration d’un sujet en histoire ne constitue pas un processus linéaire, mais qu’il s’agit plutôt « d’un vas et viens entre l’historiographie et les archives ». Par historiographie, on entend l’ensemble des travaux historiques consacrés à un sujet particulier. La prise de connaissance de l’historiographie permet d’identifier ses lacunes afin de saisir l’apport de sa propre recherche.

Les omissions historiographiques sont parfois dues à un vide archivistique. De ce fait, une consultation préliminaire des archives – en bibliothèque ou dans les catalogues en ligne – est essentielle afin d’évaluer la faisabilité du projet. L’historien peut ainsi se familiariser avec l’inventaire des archives et sélectionner les documents potentiellement intéressants pour son projet. Au stade préliminaire de la thèse, la recherche par mot-clé dans les catalogues en ligne constitue un outil qui facilite l’orientation et la structuration de son sujet. Or, la méthode par mot clé a ses défauts, car les systèmes de classement et d’indexation des archives reflètent souvent les priorités institutionnelles. Ces étapes servent principalement à assurer que le séjour en archive soit le plus efficace possible.

Ghaziri a également introduit le groupe de recherche aux fondements de l’archivistique. Par ordre décroissant, les fonds d’archives sont organisés par série et sous-série. Ces dernières sont divisées par cartons ou boîtes dans lesquels se trouvent plusieurs dossiers. Un dossier correspond à l’ensemble des documents qui portent sur une affaire ou un sujet précis. Confrontées à des fonds d’archives composés de centaines, voire de milliers de boîtes, les personnes chercheuses doivent

donc faire face à une énorme quantité d’information. Il est important de garder sa problématique à l’esprit, pour qu’au moment de la collecte de donnée, on sélectionne uniquement les informations qui soutiennent son argument. Les archivistes sont essentiels à ce processus de sélection. Leur maîtrise des fonds permet d’orienter la recherche vers des cartons d’intérêt. Généralement, le défi des archives est de savoir se limiter et d’éviter de s’éparpiller.

Malgré la quantité incalculable d’archives, leur accessibilité peut constituer une limite non négligeable à la recherche. Compte tenu de la valeur souvent patrimoniale des archives, il n’est pas rare qu’elles se retrouvent dans des lieux sécurisés. Il arrive que l’accès aux archives soit conditionnel à la présentation d’une preuve de résidence ou d’un passeport. Pour certaines archives privées, l’accès ne peut être obtenu que si l’on détient une autorisation formelle de l’institution détentrice des archives. Par ailleurs, ce ne sont pas tous les fonds d’archives qui partagent l’entièreté de leurs documents. Pensons aux archives médicales, judiciaires, ecclésiastiques ou militaires, qui contiennent des informations sensibles soumises à des restrictions de confidentialité. Les États et les institutions détiennent aussi le droit de refuser l’accès aux documents si un projet va à l’encontre de leurs intérêts. La politique internationale a aussi un impact sur l’accessibilité des archives. Il faut être conscient des contraintes institutionnelles et politiques qui encadrent parfois l’accès aux documents.

En conclusion, Ghaziri présente le travail en archives comme une enquête. Plutôt qu’une simple collecte de données, il s’agit d’une démarche d’interprétation qui permet la construction et le développement du savoir historique. Le savoir historique évolue et continue d’être questionné, car les archives peuvent prendre une multiplicité de sens. Pour citer l’une des théoriciennes

marquantes de la recherche en archives, Arlette Farge : « […] il n’y a pas de sens univoque aux choses du passé, et l’archive contient en elle cette leçon³ ».

¹ Gattinara, Enrico C. « Vérité » dans Historiographies II, concepts et débats, dir. Delacroix, Christian, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (Gallimard, 2010), 939-940.
² Arlette Farge, Le goût de l’archive, (Éditions du Seuil, 1989), 19.
³ Arlette Farge, Le goût de l’archive, (Éditions du Seuil, 1989), 114.

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