Compte rendu de la conférence de Jonah Stuart Brundage sur son ouvrage “Performing World Order : British Diplomats and the Politics of Recognition among Empires, 1688-1783”

Le 18 septembre 2026, s’est tenue à l’Université de Montréal une présentation de la part du sociologue historique Jonah S. Brundage sur son ouvrage à venir.

Doctorant en sociologie de l’Université de Californie-Berkeley depuis 2019, Brundage est désormais assistant-professeur à l’Université du Michigan dans le département de sociologie. Ses champs d’intérêt comprennent notamment la formation de l’État moderne, les empires et la géopolitique de la diplomatie. Le sociologue a d’ailleurs abordé plus en détail ce dernier sujet lors de la conférence, constituant le noyau de son ouvrage futur.

Son ouvrage intitulé “Performing World Order: British Diplomats and the Politics of Recognition among Empires, 1688-1783” s’articule autour de la diplomatie anglaise de la fin du XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle. Il se questionne sur l’émergence et la chute de l’Empire britannique au-delà de ce qui est communément admis. Son analyse va plus loin que les simples causes matérielles reliées à la chute de l’Empire britannique, alors qu’il était pourtant à l’essor de sa puissance. Il avance qu’il faut élargir son regard vers les diplomates, plus particulièrement les pratiques sociales de ceux-ci lors de négociations intra-Européennes. C’est donc autour de ce regard sociologique historique de l’Empire que s’oriente son travail.

Pour sa démarche méthodologique de recherche, Brundage s’est appuyé sur des sources primaires des National Archives de Kew au Royaume-Uni, à savoir des archives, des mémorandums, ainsi que des correspondances et mémoires de diplomates anglais. Il a également mobilisé des sources secondaires issues de la British Library, ainsi que du Ministère des Affaires étrangères français, pour étudier les réactions des publics et des élites françaises et espagnoles et pour mobiliser des sources sur les trajectoires, les antécédents sociaux et les engagements politiques et idéologiques des diplomates.

Ainsi, il effectue une sociologie des diplomates en s’appuyant sur la sociologie historique et des relations internationales en les présentant comme des agents sociaux performatifs dotés d’une agentivité et d'interprétations propres et pas seulement comme des courriers de transmission d'intérêts étatiques. Jonah S. Brundage affirme que les actions et actes diplomatiques ont une portée performative. Cependant, cette performativité repose sur des conditions de “félicité” définies par les structures sociales dans lesquelles les diplomates et leurs interlocuteurs sont encastrés et qui vont restreindre ou façonner leurs interactions.

Une fois ce cadre établi, il se tourne vers les archives diplomatiques datant de la Guerre de Sept Ans, soit le début de l’ascension de Londres et de son pouvoir colonial. Ce qui est pertinent pour sa recherche, ce sont principalement les négociations faites par rapport aux territoires français et espagnols en Amérique du Nord. Brundage présente différentes figures diplomatiques anglaises, et durant sa présentation, compare leurs pratiques sociales, leurs vocabulaires, leurs tons et leurs expressions lors de ces pourparlers européens. Il explique que les conditions sociales dans lesquelles les négociations se sont déroulées, ainsi que l’aboutissement de celles-ci par le Traité de Paris de 1763, ont préparé le terrain pour les colons américains et leur révolte contre le pouvoir anglais, et ont poussé les Empires vaincus à subventionner celle-ci. Jonah S. Brundage explique ensuite qu’en 1772 les diplomates britanniques ont refusé une alliance proposée par les Français, notamment en raison d’une potentielle opposition de la nation britannique ainsi que de son Parlement. Cet échec diplomatique a poussé la France à se détacher des Britanniques et à s’allier avec les rebelles américains, précipitant alors une défaite militaire du Royaume-Uni et la chute de son Empire en Amérique.

Il conclut sa présentation en amenant 3 dispositions historiques détaillant cette chute formidable de Londres alors qu’elle était au sommet. Tout d’abord, il avance que la diplomatie entre les puissances européennes, notamment française-anglaise, est à cette époque profondément attachée aux empires que celles-ci possèdent, et par conséquent à la gestion de ces derniers. Les pratiques et la culture diplomatique employées par les diplomates dictent beaucoup plus les dynamiques de pouvoir que ce que l’histoire laisse croire. Ensuite, Brundage souligne l’importance des pratiques diplomatiques et du profond symbolisme derrière celles-ci. En comparant différents diplomates anglais, il démontre comment leurs styles et cultures diplomatiques, et comment ils considéraient leurs homologues français, ont influencé les pourparlers et les conséquences qui en ont résulté. Finalement, il soutient que ces pratiques ne viennent que conditionner ces résultats : incertain sur le rôle que la position sociale du diplomate aurait pu jouer dans l’histoire.

La conférence inaugurale s’est conclue sur une période de questions-réponses posées à Jonah S. Brundage sur quelques pistes potentielles à suivre pour la rédaction de son ouvrage, ainsi que sur son avis sur le futur de la diplomatie dans le monde actuel.

Suivant
Suivant

Compte rendu de l’École doctorale francophone sur les organisations internationales, 4e édition (16-19 mai 2026)